le Mercredi 3 juin 2026
le Jeudi 16 octobre 2025 16:00 Société

Une politique sur l’éducation tout droit sortie des années 90

Des manifestants rassemblés sur la rue Wellington, début septembre, à l'occasion d'un point presse par plusieurs organismes communautaires pour dénoncer le projet de loi 33 de l'Ontario. — Photos : Clémence Labasse/Le Droit.
Des manifestants rassemblés sur la rue Wellington, début septembre, à l'occasion d'un point presse par plusieurs organismes communautaires pour dénoncer le projet de loi 33 de l'Ontario.
Photos : Clémence Labasse/Le Droit.

Lettre à l'éditeur - Ce texte d’opinion a été rédigé par les cinq plus grands syndicats de l'éducation en Ontario : AEFO, SCFP-OSBCU, ETFO, OECTA et OSSTF/FEESO. Il a été adressé au Voyageur par l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

Une politique sur l’éducation tout droit sortie des années 90
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Des sacs bananes aux jeans amples, les années 1990 sont de retour; et même s’il est amusant de voir d’anciennes tendances revenir, certaines choses devraient rester dans le passé — les politiques éducatives désastreuses de Mike Harris, par exemple. Malheureusement, le nouveau projet de loi 33 de Doug Ford est un retour en arrière que personne n’a demandé : une version recyclée du projet de loi 160 de Mike Harris des années 1990 qui avait autrefois vidé les écoles de l’Ontario de leurs ressources et miné la démocratie locale.

Le gouvernement Ford a présenté, plus tôt cette année, le projet de loi 33, Loi sur le soutien aux enfants, aux élèves et aux étudiants. Il s’agit d’une mesure législative digne d’un roman d’Orwell qui ne fait rien pour soutenir les enfants ou les étudiantes et étudiants, et tout pour consolider le pouvoir entre les mains du ministre de l’Éducation.

Disons-le clairement : nos écoles traversent une crise, mais pas celle que le gouvernement prétend résoudre. Le système d’éducation publique de l’Ontario est en train de s’effondrer sous le poids du sous- financement. Certaines classes sont pleines à craquer. Des programmes et des services essentiels se font couper. Le personnel enseignant et les travailleuses et travailleurs en éducation sont poussés à bout. Les besoins des élèves peuvent rester ignorés, ce qui entraîne des retards d’apprentissage et alimente la montée de la violence en milieu scolaire. En termes simples, il manque cruellement de personnel et de services pour offrir un soutien adéquat aux élèves.

Nous connaissons déjà ce scénario. La centralisation du pouvoir, l’érosion de la démocratie locale et l’imposition de systèmes punitifs sont les marques de fabrique des politiques de style américain — et rappellent les pires éléments du projet de loi 160 de Mike Harris dans les années 1990. Malheureusement, le premier ministre Ford semble déterminé à tous les reproduire. Ce n’est pas l’Ontario auquel croit la majorité d’entre nous.

Le premier geste législatif du ministre Calandra dans son nouveau rôle ne vise ni à améliorer la sécurité ni à favoriser la réussite éducative. Il s’agit d’une manœuvre politique calculée, destinée à détourner l’attention de la véritable crise qui frappe l’éducation en Ontario : un sous-financement chronique et un manque flagrant de personnel. Plutôt que d’investir dans de plus petites classes et des services de soutien pour les élèves, le gouvernement choisit de faire des conseillères et conseillers scolaires des boucs émissaires et de jouer au jeu des reproches. Il tente ainsi de dissimuler qu’il a retranché 6,3 milliards de dollars du système d’éducation publique depuis 2018.

Au début du mois de septembre, le ministre Calandra a affirmé qu’il envisageait « à cent pour cent » d’éliminer le rôle des conseillères et conseillers scolaires. Ces derniers, élus par leurs communautés, pourraient être remplacés par une surveillance provinciale si le gouvernement décidait d’imposer des personnes nommées ou des superviseurs dans la majorité des conseils scolaires, comme c’est déjà le cas pour cinq conseils anglophones en Ontario. Depuis plus de 175 ans, les conseillères et conseillers scolaires élus localement représentent avec diligence les voix des parents, des élèves, des proches aidants et des communautés.

Nous savons que les conseillères et conseillers scolaires ne sont pas parfaits, mais ils sont accessibles et redevables aux Ontariennes et Ontariens qui les élisent. S’ils ne servent pas leurs communautés adéquatement, ils peuvent être remplacés par un vote. Les superviseurs nommés, eux, ne répondent qu’au gouvernement Ford; pas aux parents, pas aux élèves et ni aux résidentes et résidents locaux. C’est ainsi que meurt la démocratie.

Pour la toute première fois, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (ETFO), l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA), le Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO) et la Fédération des enseignantes et des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) se sont réunis pour publier un texte d’opinion commun contre le projet de loi 33.

Les élèves de l’Ontario ont besoin de milliers d’enseignantes, d’enseignants et de travailleuses et travailleurs en éducation qualifiés supplémentaires dans leurs écoles. Ils ont besoin de classes moins nombreuses, de soutien, de ressources améliorées pour l’éducation spécialisée et la santé mentale, ainsi que de programmes pleinement financés qui répondent à leurs besoins. Ce dont ils n’ont pas besoin, c’est d’une surveillance accrue ou d’un contrôle renforcé de la part d’un gouvernement qui refuse d’investir dans leur réussite.

Nous devons faire front commun — personnel enseignant, parents, élèves, et Ontariennes et Ontariens préoccupés — pour défendre nos écoles contre cette ingérence politique flagrante, car des écoles plus fortes reposent sur des voix locales plus fortes. Le gouvernement Ford doit renoncer à cette législation rétrograde et investir réellement dans ce que méritent nos élèves et notre personnel enseignant. Il est temps de tourner la page sur les compressions et les projets de centralisation — les élèves de l’Ontario méritent un avenir à la hauteur de leur potentiel.