Charles Cirtwill, président-directeur général de l’Institut des politiques du Nord.
Co-organisé par l’Institut des politiques du Nord (IPN), le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, IRCC et FedNor, le forum visait à mettre en lumière des solutions concrètes pour renforcer l’attraction, l’établissement et la rétention des résidents dans les collectivités nord-ontariennes.
Un forum très fréquenté et riche en échanges
Pour Charles Cirtwill, président-directeur général de l’Institut des politiques du Nord, l’événement est un succès net.
«Nous étions tous d’accord pour dire que c’était une très bonne conférence», affirme-t-il. Avec 135 personnes inscrites et 147 participants au total, l’édition 2025 s’est distinguée par son dynamisme : «Beaucoup de conversations, beaucoup d’engagement, beaucoup d’enthousiasme et des suggestions très pratiques.»
Le logement : priorité numéro un
Parmi les enjeux les plus pressants, un thème a dominé les discussions : le logement.
«C’est absolument critique», résume Charles Cirtwill, selon qui les participants ont évoqué plusieurs pistes innovantes, notamment : la construction municipale de nouvelles subdivisions, l’amélioration de la rapidité des permis pour encourager le secteur privé et la création de lots plus abordables dans les petites municipalités.
Pour M. Cirtwill, sans logements adéquats et disponibles rapidement, les efforts d’attraction demeurent vains : «Il faut s’assurer que, quand les nouveaux arrivent, nous ayons l’habitation pour les soutenir et leur permettre de faire grandir leurs familles».
Paula Haapanen, vice-présidente de l’Institut des politiques du Nord.
La rétention : un équilibre délicat
Paula Haapanen, vice-présidente de l’Institut des politiques du Nord, se dit «super impressionnée» et «soulagée» du bon déroulement du forum. Les participants, selon elle, ressortent avec de nouvelles connexions et un intérêt renouvelé pour poursuivre la conversation.
Mme Haapanen rappelle que la rétention repose sur un «mariage» entre besoins économiques et réalités sociales. Parmi les éléments clés soulevés : l’importance d’un accueil honnête, sans créer d’attentes irréalistes, la nécessité de renforcer des infrastructures essentielles : logement, santé, services publics, ainsi que la reconnaissance de la diversité interne du Nord : «On ne peut pas parler du Nord comme d’un bloc homogène».
À titre d’exemple, elle souligne que le bilinguisme est plus présent dans le Nord-Est que dans le Nord-Ouest, ce qui pose des défis spécifiques pour l’immigration francophone.
Attraction, établissement et rétention : un continuum indissociable
«On ne peut pas parler de rétention sans parler d’attraction et d’établissement», insiste-t-elle. Les dix dernières années ont toutefois montré des progrès significatifs, soutient-elle : plus d’efforts coordonnés pour attirer les nouveaux arrivants, un accès élargi aux services d’établissement et une meilleure mobilisation des employeurs.
Un rapport reprenant les constats et proposant des recommandations pour les 12 à 18 prochains mois sera publié prochainement.
La question du français : une présence difficile à assurer
Interrogée sur la faible représentation francophone dans un panel consacré aux expériences professionnelles, Paula Haapanen se montre transparente : «Nous avons essayé pendant des semaines d’obtenir des francophones, mais nous n’y sommes pas parvenus». Selon elle, certaines personnes contactées étaient indisponibles, d’autres peu à l’aise à l’idée de parler publiquement de leurs défis ou de leurs départs.
«Les gens ne veulent pas toujours se mettre de l’avant dans un forum comme celui-ci », explique-t-elle.
Des disparités persistantes
Thomas Mercier, directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, retient lui aussi la richesse des échanges.
Dans l’atelier auquel il a pris part sur l’établissement, plusieurs solutions ont été mises sur la table, à savoir renforcer la capacité des organismes à obtenir du financement provincial pour servir les travailleurs temporaires, éviter le dédoublement des services, professionnaliser davantage le secteur et viser non seulement l’égalité, mais l’équité des services entre le Nord et le Sud.
Selon Thomas Mercier, la formule actuelle d’allocation des fonds «par client aidé» ne tient pas compte des réalités du Nord, en raison des faibles densités de population, de distances plus longues et des coûts accrus pour offrir un service en personne.
«Il faut avoir les ressources suffisantes pour offrir la même qualité de service, même si on a moins d’arrivants par communauté», souligne-t-il.
Le prochain forum se tiendra en 2027 à Thunder Bay.