Pour Josiane Makondo, agente de bureau, le retour du Northlander est un soulagement presque physique. Elle n’a pas oublié ce trajet hivernal en autobus, un calvaire de 14 heures marqué par une panne de transmission qui a transformé son voyage en épreuve. «C’est à la suite de cette expérience que j’ai décidé d’acheter ma propre voiture »,confie-t-elle.
Pour elle, le train n’est pas un luxe, c’est une alternative vitale apportant sécurité et confort, notamment durant la période des Fêtes où la météo du Nord ne pardonne pas.
Cette quête de sécurité est également partagée par Liesse Karire, aide-enseignante.Selon elle, le train permet d’éviter la fatigue de la conduite et offre une garantie de protection que le bus ne peut égaler. Elle voit même plus loin : la facilité des échanges humains et marchands. Elle cite l’exemple de pouvoir aller faire ses courses à Sudbury le matin et de revenir le soir.
Danys Racicot, employé du gouvernement provincial, est du même avis. Il voit dans le rail un moyen d’attirer le tourisme européen, très friand de ce mode de transport.
L’inconfort du bruit face à l’avantage écologique
De son côté, Cynthia Inabashitsi, travailleuse en développement de la petite enfance, considère que l’aspect pratique l’emporte sur la vitesse. Mère d’une famille nombreuse, elle voit dans le train un espace où ses enfants peuvent bouger, contempler la nature et transformer un voyage potentiellement pénible en une aventure éducative plaisante. Au-delà du confort, elle souligne un argument écologique de poids : «Moins de voitures, c’est moins d’accidents, mais c’est aussi moins de pollution».
Dans ce sillage environnemental, Danys Racicot et Liesse Karire soulèvent toutefois la question du bruit. Si pour le premier, cela ne devrait pas poser problème en l’absence d’habitations sur le trajet, la seconde estime que, dans tous les cas, c’est «le prix du progrès». Tout ceci aura sans doute un impact sur l’économie locale qui pourrait vibrer au rythme des rails ; l’arrivée nocturne du train pourrait même inciter les commerces locaux à prolonger leurs heures d’ouverture pour accueillir les voyageurs.
À quel prix ?
Malgré l’euphorie, une question demeure sur toutes les lèvres : à quel prix ? Pour Cynthia Inabashitsi, l’accessibilité financière est le facteur décisif. «Pour une famille nombreuse, le choix sera purement économique», prévient-elle. Sans tarifs spéciaux pour les familles, le train risque de rester un luxe face à la voiture personnelle. Cette inquiétude est nuancée par Danys Racicot. Selon lui, l’espace et le Wi-Fi justifient un prix légèrement supérieur à celui de l’autobus (actuellement entre 160 $ et 170$). Cependant, il estime qu’un enjeu de taille subsiste pour les patients du Nord : si le billet s’avère plus coûteux, les subventions provinciales pour les déplacements médicaux seront-elles ajustées ? Sans cette garantie, une partie de la population vulnérable pourrait être laissée pour compte.
Appréhensions sur la ponctualité et le «dernier kilomètre»
Le plus grand défi ne sera peut-être pas technique, mais psychologique. Nos interlocuteurs pointent du doigt le même talon d’Achille : la ponctualité.
«L’ancien service a échoué parce qu’il n’était plus fiable», rappelle Danys Racicot, avec un certain ressentiment envers la gestion passée. Dans un climat où la confiance est à rebâtir, le respect des horaires sera déterminant.
Enfin, la logistique locale soulève des interrogations concrètes. La nouvelle gare étant située à Porcupine, à environ 12 minutes du centre-ville, le défi du «dernier kilomètre» est criant. Alors que le Northlander prévoit des mouvements à minuit, le service de Timmins Transit cesse généralement ses activités bien plus tôt, et les commerces ferment leurs portes
entre 21 h et 23 h. «Comment relier la population à la gare sans voiture ?», s’interroge Danys Racicot, suggérant la mise en place de navettes synchronisées.