le Samedi 18 juillet 2026
le Vendredi 10 avril 2026 9:00 Non classé

Ancrage et Exil : trois textes à lire et à découvrir !

Clinta-Berlyne Bihizi, Bertine Bonyoku Wuya, Ben Waffo Mohammed Tchuente.
Clinta-Berlyne Bihizi, Bertine Bonyoku Wuya, Ben Waffo Mohammed Tchuente.

Clinta-Berlyne Bihizi, Bertine Bonyoku Wuya et Ben Waffo Mohammed Tchuente sont étudiants à l’Université de Sudbury et membres du collectif Ancrage et Exil. Ces textes ont vu le jour grâce à un financement accordé dans le cadre de 50 ans de fierté! Ensemble pour demain, un projet de création collective qui souligne le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien.

Ancrage et Exil : trois textes à lire et à découvrir !
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Les trois jeunes auteur.e.s sont étudiant.e.s à l’Université de Sudbury.

Photo : Archives

Quand je porte ma vie entre deux portes

Clinta-Berlyne Bihizi

​​Il y a des matins où je me réveille et, pendant une seconde, j’oublie que je suis loin. Puis la réalité revient comme un courant d’air froid : je ne suis plus chez moi. Je suis ici, dans une ville qui ne m’appartient pas encore. À l’université, je marche avec mon sac, mais j’ai l’impression de porter plus que des cahiers. Je porte ma vie entière : mes souvenirs, mes peurs, mes espoirs, et les morceaux de moi que j’ai dû laisser derrière.

J’ai compris que le courage n’est pas toujours bruyant. Le mien est silencieux. Il se cache dans ma façon d’avancer même lorsque mon cœur fatigue. Il vit dans mes pas, qui continuent malgré le doute. Il tremble, lui aussi, mais il tient bon. C’est un courage invisible, celui qu’on porte sans témoin, entre la solitude et la volonté de ne pas abandonner.

Parfois, l’amour me manque à en faire mal. Un simple appel de ma famille suffit à me fissurer un peu, puis à me réparer doucement. Cet amour devient une lumière intérieure, discrète mais constante, qui me suit dans les couloirs quand je lutte pour rester forte.

Et puis il y a cette question qui revient : Qui suis-je maintenant ?
Je suis entre deux langues, deux pays, deux histoires. Mais je découvre que l’exil ne m’a pas réduite : il m’a transformée. Je ne suis pas seulement partie d’un lieu. Je suis en train d’arriver à moi-même.

L’université me secoue, me fatigue, me remet en question. Mais elle m’apprend aussi que je peux tenir debout, même quand tout tremble.

Je ne suis plus simplement une nouvelle étudiante.
Je suis une vie entière qui essaie, qui avance, qui recommence.
Et chaque jour, je deviens un peu plus celle que j’ose rêver d’être.


Que l’amour nous illumine

Bertine Bonyoku Wuya

L’amour n’est pas un simple sentiment, c’est une puissance qui nous transforme.

Étudiante francophone que je suis, mon cœur bat au rythme de deux terres unies par la langue et l’espoir. Je rêve de porter haut les couleurs franco-ontariennes comme une promesse à l’horizon et de rendre à mon Congo sa gloire et ses génies.

Pour moi, mon rêve est un combat, une puissance qui s’élance ; c’est cet amour immense qui transforme mon héritage en une lumière pour le monde.

Cet amour est beau, il est pur.

Plus beau que les œuvres d’arts de Léonard de Vinci, si pur qu’un regard d’un enfant sans jugement rempli d’innocence.

Cet amour est puissant, il est extraordinaire, Tellement puissant qu’il est présent même dans le silence, aussi extraordinaire que ce mystère où la femme porte en elle tout l’univers d’autrui.

Puisque l’amour ne se limite pas aux mots, mais se révèle dans la force des gestes et à la portée des actions, je dédie ces lignes aux militantes et militants franco-ontariens. Vos luttes, vos actions et vos accomplissements ne sont pas seulement des engagements envers cette identité commune, ils sont aussi des témoignages vibrants de votre attachement profond pour cette richesse collective.

Qu’il s’agisse de triomphes ou des combats inachevés, chaque pas que vous avez fait demeure une preuve indélébile de votre amour sincère envers cette communauté.

Ces lignes s’étendent par-delà des frontières, vers la terre de mes ancêtres. Mes pensées se tournent vers vous, vaillants soldats qui, à l’est de la République Démocratique du Congo, vous dressez avec abnégation pour défendre mon beau pays. Votre courage face à l’adversité ne se limite pas à une démonstration de bravoure : il est le reflet d’un amour incomparable à notre sol.

Si l’avenir est incertain, une certitude demeure : nous continuerons à valoriser et à protéger ces patrimoines par amour et pour honorer vos efforts.

Ce modeste écrit est ma façon d’exprimer mon amour, en posant un acte de reconnaissance et d’hommage à ces femmes et ces hommes qui se sont levés pour défendre nos héritages.

Amour ! Amour ! Amour !

Na lingi bino banso, tosimbana maboko et que l’amour nous illumine.

 

Sans titre

Ben Waffo Mohammed Tchuente

L’amour n’a pas toujours été tendre avec moi.

Il se manifeste de plusieurs façons, parfois par un manque, parfois par un énorme silence.

Pourtant, dans des moments difficiles, très difficiles, l’amour m’a permis de tenir bon, de surpasser mes propres limites.

J’aime ma famille d’un amour vrai, fait de plein de souvenirs. Un amour qui va au-delà de l’entendement me rend la plupart du temps très nostalgique.

Quand je pense à eux, surtout à ma maman, je ressens un feu brûlant au plus profond de moi tout content, mais aussi la douleur de son absence, de ne pas pouvoir la serrer dans mes bras me fait fondre en larmes.

Aimer, c’est apprendre à vivre avec la nostalgie sans se laisser submerger par elle.

‘Loin des yeux, près du cœur’.