La journée mondiale de la liberté de la presse revient chaque année, depuis 1933, pour nous rappeler combien les périls auxquels sont confrontés les médias et les journalistes sont persistants. Si cela est valable partout dans le monde, il y a lieu de rappeler que les défis sont souvent doubles pour les médias francophones en situation minoritaire.
Exprimer son opinion librement, c’est bien. L’exprimer dans sa langue maternelle, c’est encore mieux. Car, ne pas avoir le choix est une absence de liberté. Une privation. Une dépossession.
Pour les communautés francophones hors Québec qui ont la chance d’avoir un média régional, leurs voix sont faiblement portées, en raison du peu de soutien dont a bénéficié la presse francophone, des décennies durant, lorsqu’il ne s’agissait pas d’une marginalisation assumée.
Aussi, le sous-financement de la francophonie au Canada a laissé place à un paysage où institutions et organismes francophones sont constamment déficitaires. Et comme la prospérité d’un média dépend également de la prospérité de son environnement, nos journaux francophones survivent. Agonisent.
C’est ainsi que le défi d’un média communautaire en situation minoritaire n’est pas seulement de pouvoir informer librement, mais aussi de pouvoir le faire dans la langue de son choix. Car la liberté de la presse n’en est pas une si elle n’est plus possible dans sa langue maternelle, qui plus est une langue officielle. Le combat est double, voyez-vous ?! Et parfois triple, puisque, dans bien des communautés francophones à travers le Canada, des médias subissent le diktat ou l’embargo de certains de leurs propres… organismes!
Il est des médias communautaires qui sont forcés à prendre position, en dehors de toute éthique journalistique, pour telle ou telle autre partie de la communauté, quand des considérations de pouvoir, de concurrence ou simplement de rancœur sont en jeu.
Il est aussi des parties qui tentent de dicter une marche à suivre à des médias communautaires ou leur intimer l’ordre de taire des manques de performance, sous menace d’embargo financier. Lors du Congrès annuel de Réseau.Presse de 2024, les 3 et 4 octobre au Yukon, plusieurs gestionnaires de médias ont partagé, dans des discussions entre confrères, des défis dans ce sens, au niveau de leurs communautés respectives.
Il est aussi des institutions qui préfèrent injecter leurs budgets marketing dans les réseaux sociaux, plutôt que de soutenir leurs voix dans leurs propres médias communautaires.
Les exemples, s’ils peuvent être nombreux, dépendamment des régions, sont rarement exprimés par nos médias francophones hors Québec. Les salles de nouvelles portent ce fardeau dans le silence, pour le bien collectif de la communauté. Construire plutôt que détruire. Mais parfois, il faut le dire…