le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 1 avril 2026 11:00 Éditorial

Iran : pourquoi Trump risque de perdre la guerre

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Éditorial

Iran : pourquoi Trump risque de perdre la guerre
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Après une série de bombardements massifs sur l’Iran et plus d’un mois de présence navale dans le Golf persique, les États-Unis semblent faire un retour à la case de départ : proposer un plan de négociations, tout en maintenant la menace d’une intervention armée plus musclée. 

En voulant se débarrasser d’un régime, suivant une logique pyramidale, les États-Unis sont en passe d’offrir aux tenants du pouvoir militaro-théocratique en Iran la chance de durer davantage dans le temps. 

Disons-le d’entrée de jeu : des Khamenei et autres Larijani et Soleimani, l’Iran est capable d’en produire autant qu’il en produit des drones et des missiles à longue portée. Depuis le retour au pays, en 1979, du Guide de la révolution iranienne islamique l’ayatollah Khomeini, alors exilé en France, le régime théocratique a eu tout le temps et toute la latitude de faire des enfants dans le dos d’un certain Iran, autrefois imprégné de l’esprit de la Perse antique. 

Dès lors, il est évident que l’enjeu, aujourd’hui en Iran, ce ne sont pas les hommes, mais le régime. 

Et comme le système iranien est de nature horizontale – un des régimes les plus complexes au monde –  couper la tête du serpent ne revient pas à faire basculer le pouvoir du côté des partisans d’un changement démocratique dans le pays. 

Bien au contraire. La contestation populaire qui commençait à s’exprimer de façon cyclique en Iran et qui gagnait, à mesure, du terrain, malgré la forte répression exercée par le régime en place, se retrouve piégée par l’intervention armée américano-israélienne. La raison est toute simple et elle peut être valable partout ailleurs : toute contestation interne en période de guerre est considérée comme un soutien actif à «l’ennemi externe».  

Cela s’est vérifié dès les premiers jours des bombardements, quand des étudiants en médecine avaient scandé lors d’un rassemblement dans un campus universitaire : «Mort à Khamenei!» 

Ils ont été qualifiés de «traîtres à la nation» par les médias publics, au même titre que ceux qui se sont réjouis, quelque temps après, de l’élimination d’Ali Khamenei, par une frappe ciblée. La tendance contestataire interne s’est même inversée, à tel point que nous ne voyons plus, à l’heure actuelle, que des manifestations pro-régime dans la rue.  

Mais Donald Trump semble être face à une urgence. Il veut une victoire rapide et à tout prix. Probablement en raison de son agenda politique interne ; les élections de mi-mandat aux États-Unis, en novembre 2026. Il faut dire, aussi, que l’homme n’est pas connu pour sa patience. Autant d’éléments qui peuvent orienter son administration vers des choix précipités, peu étudiés, et, donc, non stratégiques. 

Cela apparaît déjà, compte tenu de la résistance dont fait preuve l’Iran, avec en sus une capacité de nuisance qui a bouleversé l’ensemble du moyen orient et qui a fini, par conséquent, de déteindre sur le marché énergétique mondial. À juger de l’enthousiasme dont faisait montre le président américain au début des bombardements sur l’Iran, nous sommes assez loin du schéma selon lequel l’opération Epic Fury serait «une petite excursion». 

Avec des bases américaines vidées de leurs soldats, et un parapluie sécuritaire qui a montré ses limites, les États-Unis sont en train de perdre la face dans un Moyen-Orient où les monarchies arabes peuvent être appelées désormais à trouver une façon de se réinventer pour assurer leur propre protection. 

Une occasion que la Chine et la Russie ne manqueront pas de considérer, sachant que ce duo est déjà à la manœuvre dans la région, du moins constitue-t-il, à l’heure actuelle, un soutien derrière le rideau pour l’Iran. 

Et ce duo ne peut pas espérer mieux que de voir très possiblement Donald Trump  déployer des forces armées sur le sol iranien, où l’aventure pour les Américains risque d’être autrement plus désastreuse qu’en Afghanistan. 

Une guerre de cette nature, dans une région aussi complexe où la Chine et la Russie ont de gros intérêts, notamment en raison du détroit d’Ormuz, se joue dans le temps long. 

Le problème est que Donald Trump l’aborde avec l’esprit d’un homme d’affaires qui part en voyage, et qui souhaite obtenir un retour sur investissement avant novembre 2026.    

Israël, plus réaliste, le sait bien. Cette guerre, elle aussi entend la mener dans le temps long. Raison pour laquelle ses objectifs ne semblent pas être tout à fait en accord avec ceux des États-Unis en Iran. 

Il devient de plus en plus clair qu’Israël voulait impliquer les États-Unis dans cette guerre, pour servir ses propres desseins dans la région. Une autre raison pour laquelle Donald Trump ne peut être le gagnant dans cette guerre. 

Lorsqu’on sait qu’une bonne partie des Américains, à commencer par les démocrates, ne sont pas derrière le président des États-Unis dans cette guerre, et que l’Europe attend avec impatience une défaite des conservateurs aux élections de mi-mandat, il y a lieu de croire que pas grand monde, en ce moment, ne souhaite du succès à Donald Trump en Iran.