Les visiteurs du Salon du livre du Grand Sudbury, qui s’est tenu du jeudi 8 au dimanche 11 mai, à la Place des Arts (PdA), ont dû observer le mouvement que connaissait la librairie Panache, à l’occasion. Cela mérite de porter une réflexion sur le présent et l’avenir de ce petit joyaux communautaire.
Si, un peu plus d’une année après son ouverture, la librairie-boutique n’est toujours pas financièrement prospère, ce qui n’est pas chose étonnante pour une librairie de nos jours, ce qu’elle représente en sa qualité de lieu de rendez-vous communautaire ne devrait pas être négligé.
Mais commençons, avant toute chose, par la place que la Librairie Panache occupe dans notre mémoire visuelle, lorsque nous pensons à la Place des Arts. Pendant l’hiver, lorsque les journées sont plus courtes et qu’elles se font plus glaciales, cet espace éclairé où luisent des couvertures de livres, apporte de la chaleur aussi bien au majestueux édifice vitré qu’est la PdA qu’au centre-ville. Il y a quelque chose de réconfortant rien qu’à voir, de l’extérieur, une silhouette tendre la main vers un ouvrage. Ça donne espoir. Ça donne envie de s’arrêter un moment à la Place des Arts. Ça donne moins peur de se rendre au centre-ville…
Côté pratique, si les ventes, argumenteront certains, ne sont pas assez importantes pour continuer à soutenir les coûts, côté stratégique, diront d’autres, les bénéfices en matière de développement communautaire sont bien plus notables. Seulement qu’ils sont à récolter dans la durée.
Il s’agit là d’un investissement communautaire par excellence et voici pourquoi : dans un contexte minoritaire où la francophonie a depuis toujours été sous-financée, lorsqu’elle n’a pas été sciemment confrontée à une menace d’assimilation par les anglophones, le livre ne fait pas office d’un produit de consommation qui répond à la même logique de rentabilité qu’un diner burger-pommes frites proposé au Bistro.
Le livre en français, dans le cas échéant, est un moyen de résistance, un moyen de réapprentissage pour celles et ceux qui ont perdu l’habitude de lire en français, et à qui il faut donner le temps et les moyens de retrouver ces mécanismes à travers notamment leurs enfants. Aussi, l’espace que représente une librairie dans une place des arts est un univers où on a plus de chance de se rassembler par et pour le fait français. C’est un espace où on a plus de chance de parler et de penser en français. C’est un espace où lorsqu’on lit, on le fait collectivement, à haute voix et en français. Et c’est probablement cela le plus grand des bénéfices. Et pour pareil bénéfice, il y a matière à aller chercher de l’appui pour rendre le livre et son espace qu’est la librairie Panache beaucoup plus accessibles. Il suffit de garder à l’esprit le bien collectif de la communauté avec sa dimension francophone avant toute autre considération.
Les financements, si nous savons les trouver pour un tas de projets, nous saurons certainement les trouver pour que nos enfants sachent encore lire en français dans une ou deux générations. N’est-ce pas quelque chose de vital pour une communauté en contexte minoritaire?