le Dimanche 19 juillet 2026
le Mercredi 11 juin 2025 11:00 Éditorial

L’instabilité tarifaire sera longue

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Éditorial

L’instabilité tarifaire sera longue
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L’instabilité des tarifs douaniers que le Canada subit, n’obéit ni à des changements d’humeurs qu’on prêterait au président américain ni à une conjoncture particulière. Ce sera, pour le moins, un moyen de pression permanent, tant que Donald Trump sera à la Maison Blanche.

Donald Trump sait ce qu’il veut du Canada. Il sait aussi ce qu’il veut des autres pays, avec qui il se prête à un jeu de révision des tarifs douaniers, dont les pourcentages grimpent et baissent suivant aucune logique, à première vue. 

D’où le surnom «TACO», c’est à dire «Trump se dégonfle toujours», qui lui a été donné par le chroniqueur du Financial Times, Robert Armstrong. Mais est-ce vraiment le cas?

L’administration américaine, parce qu’il faut rappeler que ces tarifs sont appliqués au nom des États Unis, avait anticipé la réaction des pays amis et non amis avec qui elle faisait affaire. 

Annoncer des taux démesurés par le bouche d’un Donald Trump, c’était les rendre très possibles, à juger de la nature du personnage, qui ne sourcille pas devant les situations les plus intenables. 

C’est ainsi que lorsqu’on a menacé d’appliquer des taxes de 50 % pour les uns et de 100 % et plus pour les autres, tombée à 25 %, la sentence tarifaire paraît «clémente». 

Après, lorsque la moyenne est fixée à 25 %, le curseur peut bouger en fonction des agendas économiques et géopolitiques. 

Le Canada accueille le Sommet du G7 du 15 au 17 juin, à Kananaskis, en Alberta. 

Tout comme le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et l’Union européenne ont leurs priorités. Tous ces pays ne partagent pas un bon nombre de points de vue avec l’administration américaine. On peut citer comme exemples la guerre en Ukraine et le drame humanitaire à Gaza. Le Canada, la France et le Royaume-Uni avaient dénoncé, le 19 mai, l’intensification des frappes israéliennes sur Gaza et menacé de recourir à des sanctions. Ce qui n’avait pas été bien accueilli par les États Unis. Plus récemment, le président français Emmanuel Macron avait évoqué la possibilité de voir son pays reconnaitre la Palestine comme État. 

Les tarifs douaniers peuvent être, le cas échéant, des contre-sanctions efficaces, pour faire revoir à des pays leurs positions et les ramener à s’aligner sur l’agenda géopolitique des États-Unis.  

Rappelons que Donald Trump avait beaucoup insisté, avant et dès son retour officiellement au bureau Ovale, sur l’accès de son pays à l’Arctique, remettant en cause la souveraineté canadienne sur les eaux du nord-ouest, tout cela dans le cadre de son projet de prendre contrôle sur notamment le Groenland, qu’il dit vouloir protéger contre les ambitions expansionnistes des chinois. 

C’est pour dire que Donald Trump a une feuille de route et qu’avec les tarifs douaniers il pense arriver à ses fins, tôt ou tard. 

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a doublé les tarifs douaniers de 25 à 50 % sur l’acier et l’aluminium canadiens, à la veille de sa participation au G7. Il avait également menacé les européens de le faire. Si Mark Carney n’a pas, cette fois-ci, répliqué avec des contre-tarifs, préférant attendre de rencontrer Donald Trump, c’est qu’il doit probablement savoir ce que, au fond, son homologue veut obtenir. 

La solution pour sortir de ce chantage permanent est de créer un besoin local capable d’absorber la production canadienne et développer de nouveaux partenariats à l’international, pour ne plus dépendre du marché américain. Et le Canada a les capacités pour le faire.