le Dimanche 19 juillet 2026
le Mercredi 27 août 2025 11:00 Éditorial

Accord de paix ou spoliation de territoires ?

Donald Trump et Vladimir Poutine lors du sommet américano-russe en Alaska, le 15 août 2025. — Photo : Page Facebook The White House.
Donald Trump et Vladimir Poutine lors du sommet américano-russe en Alaska, le 15 août 2025.
Photo : Page Facebook The White House.

Éditorial

Accord de paix ou spoliation de territoires ?
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Le sommet qui a réuni le président des États-Unis, Donald Trump, et son homologue russe Vladimir Poutine, le vendredi 15 août, en Alaska, ne pouvait pas avoir pour point central la question d’un cessez-le-feu en Ukraine.

 

On pourrait croire, à première vue, qu’un accord de paix n’ayant pas pour préalable un armistice serait profitable pour la seule Russie de Vladimir Poutine. Mais en regardant de plus près les visées économiques de l’administration Trump en Ukraine, on se rend compte qu’une capitulation maquillée de Volodymyr Zelensky arrange tout autant les intérêts américains.

 

Autrement dit, Donald Trump ne veut pas la paix en Ukraine pour les ukrainiens, mais pour lui-même et les lobbies d’affaires qui attendent de faire main basse sur une partie d’un territoire qui regorge de terres rares, soit environ 5% des réserves mondiales des minerais critiques. 

 

Plus concrètement, Donald Trump souhaite un «marché sûr» et «un territoire sécurisé» pour avoir un retour sur investissement. C’est-à-dire récupérer, au taux d’intérêt qu’il aura décidé lui-même, les 300 millions $ d’aides qu’il reproche à son prédécesseur Joe Biden d’avoir offert à l’Ukraine. 

 

C’est dans cette optique qu’il avait exercé une pression terrible sur le président Zelensky, en lui faisant subir une humiliation dans le bureau ovale, avant que celui-ci ne daigne accepter, fin avril 2025, la signature d’un accord préliminaire pour la création d’un Fonds d’investissement pour la reconstruction de l’Ukraine, avec l’argent des futures extractions minières. 

 

L’accord prévoit, selon l’ancien Premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal, que 50% des revenus futurs des ressources minières, pétrolières et gazières seront versés à ce fonds d’investissement qui sera géré «à part égale» par l’Ukraine et les États-Unis. Et pour boucler la boucle, les revenus versés à ce Fonds serviront à «promouvoir la sûreté, la sécurité et la prospérité de l’Ukraine». Ce qui veut dire que cet argent se retrouvera, d’une manière ou d’une autre, dans les poches des États-Unis. 

Entre temps, la progression des forces russes dans le Donbass a permis à Vladimir Poutine de contrôler d’importants gisements de minerais critiques, comme ce fut le cas, fin juin dernier, pour le gisement de lithium de la ville de Shevchenko, l’un des plus importants de l’Europe de l’Est. 

 

Contrairement à l’Europe, Donald Trump ne semble pas du tout vouloir tenter le risque de miser sur une pression militaire qui pourrait  faire reculer les russes en Ukraine. Il préfère sceller un accord de paix entre les deux pays, dans les conditions actuelles, peu favorables aux ukrainiens. Et peu importe si l’Ukraine doit renoncer à un cinquième de ses terres à la Russie, le plus important étant que les États-Unis contrôlent et commencent l’extraction et l’exploitation des ressources minières du reste du territoire. 

 

On imagine donc bien qu’en Alaska, les deux hommes ont dû surtout parler de partage de ressources et de territoires. Refaire, en quelque sorte, la Conférence de Yalta, mais sans le Royaume Uni, cette fois-ci. 

 

Tant pis pour l’Europe, car un cessez-le-feu permettra aux ukrainiens de voir plus clair, et le vieux continent pourrait avoir le temps et l’occasion de faire barrage au jeu du binôme Trump-Poutine.

 

Sous la pression des bombardements russes, l’Ukraine sera plus encline à accepter les conditions d’un accord de paix qui fera des États-Unis et la Russie les deux grands gagnants, et elle, la seule perdante dans cette guerre. 

 

Pour preuve, les chefs d’États européens qui accompagnaient, le 18 août, le président Zelensky pour sa deuxième visite à Washington, ne semblaient pas faire grande résistance à Donald Trump. Le morcellement d’un pays souverain vient d’être acté ou presque.