le Jeudi 4 juin 2026
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Un livre qui interpelle bien plus que les Haïtiens

Couverture du livre.
Couverture du livre.

Lettre à l'éditeur - «La lecture d'un bon livre est un dialogue incessant où le livre parle et où notre âme répond», André Maurois.

Un livre qui interpelle bien plus que les Haïtiens
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«Le chemin de la vie est de trouver son talent, son but est de le partager. S’impliquer dans l’aide humanitaire c’est faire quelque chose de bon pour l’autre.» Voilà l’une des phrases percutantes logées dans MIRAGOÂNE, L’école de ma vie, de Déborah St-Victor, paru en 2018 aux éditions Le Papillon Monarque. 

Dans un parfait équilibre littéraire et un bon fil conducteur, Déborah St-Victor nous irrigue des expressions en français, ainsi que des proverbes en langue créole, qui est la langue nationale de son pays de souche, Haïti.

L’auteure, dans un style franc et direct, présente sans vernis ni phare sa vocation humanitaire et surtout sa réponse à l’appel de son pays de sang, car bien que née à Montréal au Canada, elle a pris conscience qu’un fil invisible la lie à Haïti. Donc, elle garde de profonds liens entre les deux mondes.  Elle entreprend un voyage de cœur à Haïti où elle a séjourné professionnellement pendant 6 années (2004-2011). Là, elle a été témoin du Goudougoudou, qui est l’expression en créole pour désigner le tragique tremblement de terre survenu en janvier 2010, avec son lourd bilan humain officiel de 230 000 morts et 300 000 blessés, sans compter les pertes matérielles. L’écrivaine invite à regarder au-delà du visible pour croire en des lendemains meilleurs, malgré la tragédie et la dure réalité de la vie.  Elle dit d’ailleurs ceci : «L’art de voir au-delà des apparences est un talent qu’Haïti fait fleurir en vous». Cette phrase révèle la dimension polymathe de l’auteur qui recommande à ses lecteurs d’avoir de l’espérance et de la foi même au cœur des tourments.

Au fil des pages, elle montre à travers une description textuelle et des photos   illustratives en annexe qu’on ne peut aider que ceux qu’on n’aime. Voilà pourquoi, par amour désintéressé, elle sort de sa zone de confort, en quittant son Canada natal en 2004 pour aller dans un village Haïtien qui respire la précarité, ceci afin d’y offrir pendant 6 ans sa présence, ses ressources, son talent, son sourire, son regard humanisant et sa bonne humeur à ses semblables. Plusieurs ont besoin juste de l’attention, voilà pourquoi elle dit : «Les gens les plus joyeux ne sont pas ceux qui possèdent le plus, mais ceux qui partagent le plus».

«Depuis un an maintenant, Miragoâne, c’est chez moi. J’aime être auprès des gens, les aider. Je ne suis pas là pour les sauver ni pour les changer, mais pour les aider à s’en sortir et à modifier pour le mieux leurs habitudes de vie afin qu’ils puissent vivre plus paisiblement et que le poids de leur charge soit allégé. J’en retire une réelle satisfaction. Veux-tu être joyeux? Donne du bonheur.»

Déborah révèle deux choses en filigrane : La vie de l’école d’une part et l’école de la vie d’autre part.  À la vie de l’école, on est soumis à des examens et c’est le formateur qui fait l’évaluation, alors qu’à l’école de la vie, c’est la vie elle-même qui nous enseigne et nous évalue. En lisant cet ouvrage, on a des éléments pour réussir certains examens à l’école de la vie.

Ce livre interpelle bien plus que les Haïtiens, car à côté des catastrophes naturelles comme justement ce tremblement de terre, on a des catastrophes humaines qui affectent le monde tropical jusque dans sa chair; où, en plus des chocs naturels, plusieurs dirigeants aux ordres créent plutôt des conditions inappropriées pour maintenir le peuple dans la pauvreté et faciliter l’exil de ses hommes et femmes bien formés qui refusent la docilité coupable.  On ne va pas dire comme un poète qu’Haïti est le malheureux paradis, car, ces pays aux richesses naturelles fascinantes qui côtoient en même temps la misère entretenue pourraient être des portes du paradis, et tant qu’il y a de la vie quelque part, il y a aussi de l’espérance. Oui! L’espérance, c’est ce puissant mot qui étreint cette estampille littéraire de Déborah que nous recommandons avec vigueur à la communauté d’accueil et surtout aux immigrants.

“Grâce aux difficultés, on se découvre des qualités, des ressources insoupçonnées.” Déborah St-Victor.

 Jacques Calvin FANCHE NZALE, bénévole communautaire et culturel