le Mercredi 24 juillet 2024
le Lundi 20 mai 2024 11:26 Arts et culture

À la découverte du polar franco-ontarien

De gauche à droite : Réjean Grenier, Sébastien Pierroz, Didier Leclair et Claude Guilmain. — Photo : Joël Ducharme
De gauche à droite : Réjean Grenier, Sébastien Pierroz, Didier Leclair et Claude Guilmain.
Photo : Joël Ducharme
C’est à un grand lecteur de polars, en l'occurrence Réjean Grenier, que le Salon du livre du Grand Sudbury 2024 a confié l’animation d’une discussion autour de trois œuvres dans la catégorie polar, de trois auteurs franco-ontariens. Il s’agit de Le prince africain, le traducteur et le nazi de Didier Leclair (David, 2024), Welsford de Claude Guilmain (Pdp, 2023) et Deux heures avant la fin de l’été de Sébastien Pierroz (David, 2023). Le Voyageur vous propose un résumé de la causerie littéraire.
À la découverte du polar franco-ontarien
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Welsford 

Claude Guilmain : «Welsford, c’est quelque chose d’un peu bizarre. Au départ, ce n’était pas dans mon intention d’écrire un roman policier. Mais au bout du compte, c’est ce que ça a donné. C’est l’histoire d’un policier qui est semi-retraité dans la soixantaine et qui a été appelé à enquêter sur des ossements qui ont été trouvés sous une vieille piscine en ciment dans le quartier où il habitait quand il était jeune, mais encore plus que ça, c’est chez un voisin de l’autre bout de la rue, dans la cour arrière de la maison.

Au cours de l’enquête, il découvre qu’il était non seulement présent, ou tout près, au moment où le corps aurait été enterré, mais qu’il aurait peut-être connu des gens qui sont impliqués. Donc l’enquête finalement devient une enquête sur lui-même, sur les membres de sa famille et des gens qu’il aurait connus ou disons qu’il croyait connaître quand il était jeune-adulte. Et puis ça va avoir des répercussions sur toute la longueur de sa vie». 

Le prince africain, le traducteur et le nazi

Didier Leclair : «l’histoire se passe en France,à Paris, un Paris occupé en 1941 et mes personnages sont ce qu’on appelait des colonisés. Ce sont le prince Antonio qui vit à Paris sous l’occupation. Il est officiellement étudiant dans une université là-bas. Mais c’est un vrai prince. Donc sa véritable occupation, c’est le trafic de diamants.

La raison, C’est qu’il vient du royaume du Congo, qui, en fait, était l’Angola et qu’en Angola il y a énormément de pierres précieuses. Il y a aussi Jean de Dieu qui est son traducteur parce que le prince africain, même s’il vit à Paris, ne parle pas français. Jean de Dieu est aussi un colonisé, mais lui est originaire d’un petit pays, ce qui est le Rwanda, mais il a étudié au Congo et il parle plusieurs langues.

Et il y a Hans, qui est un métis de mère allemande et de père tirailleur sénégalais. C’est quelqu’un qui a fui l’Allemagne, parce qu’il y avait des risques d’être stérilisé sous les lois hitlériennes. Les trois personnages se trouvent donc à Paris, et ce qui se passe, c’est que l’épouse du Prince Antonio est juive, et les trois vont s’arranger pour la faire sortir.

Cependant, ils ont affaire à la Gestapo et donc à un major très décidé à mettre la main non seulement sur cette juive que le Prince Antonio essaie de faire sortir avec son enfant, mais aussi de mettre la main sur le trafic de diamants. S’en suit alors une course poursuite avec suspense et rebondissement…». 

Deux heures avant la fin de l’été

Sébastien Pierroz : «L’histoire se passe dans un village qui n’existe pas, et c’est une histoire que j’ai complètement sortie de mon imagination. L’histoire se passe sur trois périodes, 1976, 2002 et 2020, avec un petit laps de temps en 2022, tout à la fin pour la chute.

J’ai imaginé l’histoire d’un meurtre, un meurtre qui se déroulait dans un village de Haute-Savoie, dans une France reculée, une France désindustrialisée, une France qui est fertile aux idées du Front National, dans le rassemblement national. C’est un crime qui est attribué à tort à une personne d’origine arabe, d’origine musulmane. Et tout le long de l’histoire, le but, c’est à travers trois périodes de temps, à travers des personnages nouveaux, une nouvelle génération, donc de décrypter ce qui s’est vraiment passé ce soir là du 14 juillet 1976, à travers un narrateur qui revient sur le lieu de son enfance.

Avec des indices, en faisant parler les villageois, on remarque au final que c’est un crime dont beaucoup de personnes savent qui est le criminel, qui n’est bien sûr pas la personne qui a été accusée, et d’indice en indice, de faux indices aussi que je donne dans l’article, un peu pour perdre le lecteur… on arrive finalement à une conclusion avec des secrets familiaux et des secrets de village. Mais c’est aussi, au-delà de l’aspect polar, un portrait sociologique d’une France oubliée, d’une France qui n’est pas forcément connue de Paris, mal perçue, ni bien perçue de Montréal».

La présentation des trois ouvrages achevée, Réjean Grenier lance, un brin d’humour, aux trois auteurs : «Je remarque que je n’aurais pas besoin de vous dire qu’on était ici pour vendre des livres. Vous vendez très bien». Des rires fusent dans la salle. 

Pourquoi le polar ?

Suite à quoi l’animateur a relancé les trois auteurs : «Le polar, c’est un genre qui est très prisé dans les franchises, mais des auteurs franco-ontariens, il n’y en a pas eu beaucoup. Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire un polar?».

Didier Leclair : «Je vais dire que ce qui m’a séduit dans le Polar, il faut dire que j’en lis aussi beaucoup, comme vous, mais ce qui m’a séduit et qui m’a donné l’envie d’écrire un Polar, c’est entre autres la participation des colonisés et leurs actes de courage et de bravoure durant les guerres mondiales. Et pour ce qui est de la Deuxième Guerre mondiale particulièrement, il y a très peu de littérature là-dessus. Alors sous prétexte de pouvoir en parler, parce que c’est une période vive, pleine d’action, eh bien je me suis dit, bien, puisque tu en lis tellement, eh bien Didier, vas-y, c’est le moment, tu y as trouvé le bon prétexte pour le faire».

Claude Guilmain : « Comme je l’avais mentionné, ce n’était pas vraiment dans mon intention d’écrire un polar. L’histoire ou l’aventure a commencé quand j’ai commencé à m’intéresser aux quartiers où j’habitais. Je suis de Montréal, mais à l’âge de huit ans, on a déménagé à Toronto, dans le nord-est de la ville. Et puis, j’ai commencé à me renseigner sur certaines choses, certains lieux, certains édifices. Et puis, de fil en aiguille, je me suis rendu compte que j’étais en train ni plus ni moins d’enquêter sur le quartier et j’ai trouvé des choses intéressantes. Puis, une fois que j’avais juste ajouté simplement l’idée de retrouver des ossements sous une piscine, c’est devenu un polar». 

Sébastien Pierroz : «En fait, lorsque j’ai commencé, je n’avais pas l’intention d’écrire un polar. C’est plutôt une histoire à suspense que je prévoyais d’écrire. Je voulais vraiment créer une histoire avec beaucoup de rythme. Il y a peut-être une obsession aussi d’attraper le lecteur.Parce que souvent, le lecteur, on le sait, c’est difficile de retenir son attention pendant plusieurs heures. Donc il y avait une obsession chez moi de dire, comment je vais pouvoir garder ce lecteur? Il fallait donc du rythme, une histoire et j’ai essayé. De fil en aiguille, on parle d’un meurtre, on parle de témoins, on parle aussi d’un possible meurtrier, ça devient donc forcément un polar».