le Mercredi 26 août 2026
le Mercredi 26 août 2026 9:00 Économie et finances

Le Nord de l’Ontario fait front commun derrière Ottawa et propose une alternative face aux tarifs américains

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Des responsables et personnalités politiques du Nord de l’Ontario n’ont pas été du reste de la classe politique nationale, qui s’est rangée en bloc derrière le Premier ministre Mark Carney, après que celui-ci ait rompu les négociations commerciales avec les États-Unis, jugeant l'entente proposée par Donald Trump d’«inacceptable» et la qualifiant de «mauvais accord».

Le Nord de l’Ontario fait front commun derrière Ottawa et propose une alternative face aux tarifs américains
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Tout en apportant un soutien politique franc et indéfectible à Ottawa, les réactions nord-ontariennes n’ont pas manqué de mettre en avant les conséquences que pourrait avoir l’escalade commerciale pour une région dont l’économie repose largement sur les ressources naturelles, l’industrie manufacturière, la foresterie, les mines et les chaînes d’approvisionnement liées au marché américain. 

C’est dans ce sens que les réactions nord-ontariennes ont émergé une autre idée selon laquelle cette crise pourrait devenir l’occasion d’accélérer la transformation économique du Nord et de réduire la dépendance du Canada envers son voisin du Sud.

C’est notamment la position défendue par la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), qui dit appuyer la décision du gouvernement canadien.

Dans un communiqué publié lundi 24 août, son président, Dave Plourde, affirme que la FONOM «appuie la décision du gouvernement du Canada de demeurer ferme dans la défense des industries, des entreprises, des travailleurs, des collectivités et de la souveraineté nationale du Canada».

Pour Dave Plourde, le Canada doit continuer à rechercher une entente avec les États-Unis, mais pas à n’importe quel prix.

«L’absence d’entente vaut mieux qu’une mauvaise entente qui compromettrait les emplois, les industries, la souveraineté du Canada ou notre capacité de prendre des décisions dans l’intérêt du pays», soutient-il.

La FONOM demande parallèlement au gouvernement fédéral de s’assurer que les mesures d’aide déjà annoncées soient accessibles rapidement aux entreprises et aux travailleurs du Nord. L’organisation estime que les collectivités tributaires de la foresterie et des ressources naturelles doivent faire l’objet d’une attention particulière.

Selon elle, l’objectif est d’éviter que des perturbations commerciales temporaires ne deviennent des pertes d’emplois permanentes ou des fermetures d’usines.

«Ces industries soutiennent des milliers de travailleurs, de familles, de communautés autochtones, de municipalités et d’entreprises partout dans le Nord», rappelle Dave Plourde.

La FONOM veut également que la crise actuelle serve à accélérer la diversification des marchés canadiens. Elle appelle le pays à développer ses chaînes d’approvisionnement nationales, à trouver de nouveaux débouchés internationaux et à diminuer sa dépendance envers un seul partenaire commercial.

«Les minéraux critiques, les forêts, l’énergie, les corridors de transport et la main-d’œuvre qualifiée du Nord de l’Ontario seront essentiels à la création d’une économie canadienne plus forte et plus autonome», estime Dave Plourde.

Cette vision rejoint largement celle du maire du Grand Sudbury, Paul Lefebvre, qui reconnaît lui aussi le risque immédiat posé par les tarifs américains, tout en insistant davantage sur les possibilités que pourrait offrir la situation actuelle.

Dans sa déclaration, rendue publique le dimanche 23 août, le maire affirme se ranger «aux côtés du premier ministre Mark Carney et du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford» face au défi économique créé par les mesures américaines.

Paul Lefebvre souligne toutefois que le Grand Sudbury est particulièrement exposé.

«Notre nickel, notre cuivre et notre cobalt sont exportés vers les marchés américains tous les jours, et nos entreprises minières et de services opèrent de l’autre côté de la frontière», explique-t-il, ajoutant qu’«une guerre commerciale qui s’intensifie aura des répercussions sur les entreprises, les travailleurs et les familles du Grand Sudbury».

Mais le maire estime qu’il serait insuffisant de considérer uniquement les risques.

«On doit voir l’occasion que ce moment nous offre, et c’est une occasion très importante», affirme-t-il.

À ses yeux, les minéraux essentiels devraient occuper une place centrale dans la réponse canadienne. Il reprend notamment une déclaration récente de Doug Ford : «On doit s’assurer d’examiner chaque atout dont on dispose, qu’il s’agisse de minéraux essentiels, d’acier ou de nickel… tout est sur la table». 

Paul Lefebvre estime donc que le Grand Sudbury doit se retrouver au cœur de cette stratégie. Il défend un modèle qui irait au-delà de l’extraction des ressources pour favoriser leur transformation et leur raffinage dans le Nord de l’Ontario, puis la fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée en Ontario et ailleurs au Canada.

«C’est comme ça qu’on transforme les ressources minérales essentielles du Canada en emplois canadiens, en entreprises canadiennes et en sécurité économique canadienne», soutient-il.

Le maire rappelle que le Grand Sudbury dispose déjà de nombreux atouts pour jouer ce rôle : neuf mines en exploitation sur son territoire, un nombre qui pourrait atteindre 15, plus d’un siècle d’expertise dans le traitement des minéraux, deux fonderies, deux raffineries, un secteur minier et de services reconnu, des établissements postsecondaires ainsi que des capacités de recherche et d’innovation.

«Le Canada n’a pas besoin de repartir de zéro. Les bases existent déjà dans le Grand Sudbury», fait-il valoir.

C’est dans ce contexte que Paul Lefebvre renouvelle sa demande pour que le Grand Sudbury soit désigné comme une zone économique spéciale. Selon lui, une telle désignation permettrait d’attirer davantage d’investissements, d’accélérer le développement industriel et de renforcer la chaîne de valeur canadienne des minéraux essentiels.

Le maire insiste aussi sur la nécessité de conserver dans le Nord les travailleurs et les compétences nécessaires à cette transformation.

«On ne peut pas dire aux collectivités du Nord qu’elles sont essentielles à la sécurité économique et nationale du Canada tout en laissant les emplois, les talents et l’expertise nécessaires pour concrétiser cet avenir migrer vers le sud», affirme-t-il.

Pour Pauline Rochefort, députée libérale de Nipissing—Timiskaming, le message est également celui d’un appui au premier ministre.

Sur sa page Facebook, elle a relayé une déclaration de Mark Carney expliquant les raisons de la rupture des négociations avec Washington.

«Les modifications de dernière minute apportées aux conditions proposées par les États-Unis étaient injustes, peu rentables et remettaient en cause la fiabilité de tout accord», écrit le premier ministre dans le texte partagé par la députée.