De gauche à droite : Mohammed Fall, professeur et technologue à l’UdeS, Cael Nindjin, étudiante à l’UdeS, et Nathalie Crépeau Smith, professeure et technologue au Collège Boréal.
Le Voyageur s’est rendu dans l’un de ces laboratoires le vendredi 18 septembre afin de voir comment fonctionne cette collaboration et de rencontrer des étudiants qui commencent leur parcours universitaire en sciences.
L’entente entre les deux établissements permet à l’Université de Sudbury, qui a repris une offre de programmes en sciences après plusieurs décennies, d’utiliser les installations spécialisées du Collège Boréal. Les premiers laboratoires avaient été offerts en biologie et en anatomie en janvier. La chimie et la microbiologie se sont ajoutées depuis.
Pour les étudiants rencontrés, l’accès aux laboratoires fait partie intégrante de leur formation.
«J’aime définitivement avoir accès au laboratoire. C’est une partie importante de nos programmes. Sans ça, on ne pourrait pas avoir les expériences qu’on a besoin de faire», explique Alexa Sexton, étudiante de première année en sciences de la santé.
Une organisation entre les deux établissements
Mohammed Fall donne le cours de principes de chimie pour l’Université de Sudbury. Il agit également comme technologue de laboratoire pour les activités pratiques qui se déroulent au Collège Boréal.
Nathalie Crépeau Smith, pour sa part, est professeure, technologue et coordonnatrice de programme au Collège Boréal. Elle est également responsable de la préparation des laboratoires utilisés par les étudiants de l’Université de Sudbury.
Le fonctionnement repose en grande partie sur la préparation en amont. L’enseignant transmet à Nathalie Crépeau Smith la liste du matériel et des produits nécessaires à une activité. Elle s’occupe ensuite de préparer les installations et, lorsque cela est nécessaire, de commander le matériel.
«Lorsque nous arrivons le vendredi, tout est déjà prêt parce qu’elle a déjà préparé à l’avance», explique Mohammed Fall. «Ça me facilite la tâche au lieu de rentrer, chercher les produits, de sortir le matériel.»
Pour Nathalie Crépeau Smith, cette organisation est maintenant devenue une routine. « On a quand même établi une routine, puis une communication entre les profs et moi-même. De là, ça se déroule très bien», dit-elle.
Les horaires sont également organisés pour limiter les déplacements des étudiants. Lorsque cela est possible, les laboratoires de différents cours sont regroupés la même journée.
«On essaie d’organiser que les laboratoires soient la même journée de deux cours, donc ils peuvent rester pour la journée et non se déplacer à différents temps de différentes journées», explique-t-elle.
Le partenariat n’en est pas à sa première session. Les deux établissements avaient commencé à travailler ensemble en janvier, avec deux cours. Cette année, quatre cours sont offerts dans les laboratoires du Collège Boréal : chimie, microbiologie, anatomie-physiologie et biologie.
«On avait seulement deux cours en janvier. Là, on a quatre cours», précise Nathalie Crépeau Smith.
Elle indique qu’il s’agit de la première fois que le Collège Boréal offre ce type de service à des classes universitaires, mais que l’expérience menée de janvier à avril s’est bien déroulée.
Cael Nindjin, étudiante de première année en sciences de la santé.
«C’est très excitant»
Pour Cael Nindjin, étudiante de première année en sciences de la santé, l’expérience des laboratoires est nouvelle.
Originaire de la Côte d’Ivoire, elle est arrivée au Canada en août 2025, plus précisément à Montréal, avant de s’installer à Sudbury avec sa famille en avril 2026. Elle suit actuellement cinq cours, dont la microbiologie, l’anatomie et les principes de chimie.
«J’ai pas l’habitude de travailler dans les laboratoires. C’est quelque chose de nouveau pour moi», précise-t-elle.
Son impression après ses premières expériences est positive : «C’est formidable. C’est très excitant. Ça te permet de voir des choses que d’habitude tu vois à la télévision, tu vois les gens le faire, tu les vois dans les journaux. Et quand tu vois ça réellement, c’est excitant».
Elle doit effectuer trois laboratoires dans le cadre de sa première année : en microbiologie, en principes de chimie et en anatomie.
Le déplacement entre l’Université de Sudbury et le Collège Boréal ne lui pose pas de défis en particulier. Elle s’y rend en autobus.
Mohammed Fall considère également que l’organisation ne présente pas de difficulté particulière.
«Je trouve que la collaboration, c’est une bonne collaboration pour le moment», dit-il.
Avant son arrivée à l’Université de Sudbury, il avait effectué ses études à l’Université Laurentienne. Il y avait notamment été auxiliaire d’enseignement dans des cours de physique, de chimie, de biochimie et de chimie organique. Son arrivée à l’Université de Sudbury marque sa première expérience comme enseignant universitaire.
Il estime que la collaboration avec le Collège Boréal lui a permis de commencer ses laboratoires sans complications majeures.
«Lorsque j’ai contacté Nathalie pour venir vérifier les laboratoires, elle m’a répondu, tout s’est bien passé», raconte-t-il. «Je trouve qu’elle nous facilite la tâche en quelque sorte».
Alexa Sexton est venue d’Ottawa étudier à l’Université de Sudbury.
Deux parcours vers Sudbury
Les deux étudiantes rencontrées par Le Voyageur ont des parcours différents, mais se retrouvent dans le même programme de sciences de la santé.
Alexa Sexton est originaire d’Ottawa. Elle a fait ses études secondaires au Collège catholique Mer Bleue avant de choisir l’Université de Sudbury pour ses études universitaires.
Elle est venue à Sudbury notamment parce que l’Université de Sudbury offre ses programmes en français et parce que le programme de leadership proposé par l’établissement l’intéressait.
«C’était le fait que c’était une école 100 % francophone et qu’il y avait leur programme de leadership», explique-t-elle. «Donc tout le monde peut avoir la mineure en leadership. Et ça, c’était très important pour moi.»
Elle est actuellement l’une des cinq étudiantes et étudiants de sa cohorte en sciences de la santé. Elle estime que le petit nombre d’étudiants favorise les liens entre eux.
«À date, dans mes cours, j’ai fait beaucoup d’amis», lance-t-elle.
Le programme de leadership occupe une place importante dans son parcours. Les étudiants se rencontrent plusieurs fois par semaine pour travailler sur des compétences liées au travail d’équipe et au leadership. Ils doivent aussi réaliser des projets, d’abord au sein de l’établissement, puis à une plus grande échelle dans les années suivantes.
Alexa Sexton prévoit poursuivre ses études après son baccalauréat de quatre ans. Elle envisage des études en médecine, avec un intérêt pour la pédiatrie ou une carrière dans le milieu militaire.
Elle n’exclut pas non plus de demeurer à Sudbury pendant l’été. Elle travaille déjà dans un commerce de smoothies de la rue Regent, après avoir transféré son emploi d’Ottawa.
Son adaptation à Sudbury s’est faite relativement rapidement. Elle relève toutefois des différences dans la langue française.
«Je trouve qu’il y a des tournures de phrases que je ne comprends pas exactement», dit-elle. Elle remarque aussi certaines différences de prononciation dans le vocabulaire courant et scientifique.
«Ce n’est pas une grande différence, mais c’est les petites choses que je remarque. Il faut que je m’habitue à voir ce que ça veut dire au juste», explique-t-elle.
Cael Nindjin a, elle aussi, choisi le programme de leadership en parallèle de ses études en sciences.
Elle affirme que cette formation l’aide notamment à prendre la parole devant les autres.
«Ça me permet de m’exprimer, d’arriver à m’exprimer devant beaucoup de personnes et de vaincre ma timidité et ma peur de parler. Ça développe beaucoup de choses en moi et ça m’aide à travailler avec mes coéquipiers.»
Son choix de l’Université de Sudbury a aussi été influencé par son père, qui lui a recommandé l’établissement.
«C’est lui qui m’a inscrite ici», raconte-t-elle. «Il m’a parlé de l’université et du fait que c’était une nouvelle université. Les professeurs ont plus prêté attention aux élèves. Ils auront toujours le temps pour nous écouter, pour pouvoir répondre à nos questions.»
Serge Miville, recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury.
Le leadership au cœur du projet universitaire
Pour Serge Miville, recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury, le partenariat permet ainsi de concentrer les ressources là où elles sont déjà disponibles.
«Si quelqu’un a déjà l’espace, l’infrastructure ou la capacité, c’est la même chose avec la santé mentale : les services de santé mentale, c’est le Centre de counseling de Sudbury qui les offre. Pourquoi? C’est parce que ce sont des experts. Donc, tu vas vers l’expertise là où elle est.»
Il souligne également les économies associées à l’utilisation des infrastructures du Collège Boréal.
«Les laboratoires, les installations sont superbes là-bas», affirme-t-il. «Ça nous sauve énormément. C’est des millions et des millions. Je ne pourrais même pas estimer le coût de bâtir un nouveau laboratoire en 2026.»
L’Université de Sudbury avait indiqué en janvier que son entente avec le Collège Boréal était en vigueur jusqu’en 2028 et qu’elle devait notamment permettre de renforcer l’accès aux études en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques en français.
Au-delà des laboratoires, Serge Miville présente le programme de leadership comme l’un des éléments centraux du projet de l’Université de Sudbury.
Selon lui, l’objectif est de compléter la formation disciplinaire par des activités qui favorisent le travail d’équipe, la prise de parole et l’engagement dans la communauté.
«Pendant ces quatre années-là, l’objectif n’est pas uniquement de leur donner des compétences techniques, c’est de leur développer l’interpersonnel, l’intelligence émotionnelle, la capacité de créer un consensus, de bâtir et de partager», soutient-t-il.
Les témoignages d’Alexa Sexton et de Cael Nindjin montrent que le programme occupe déjà une place dans leur expérience universitaire.
Sexton explique que le programme a contribué à son choix de venir à Sudbury. Nindjin affirme de son côté qu’il l’aide à prendre davantage la parole et à travailler avec ses collègues.
Pour Serge Miville, ces expériences correspondent à l’un des objectifs poursuivis par l’Université de Sudbury depuis sa relance : favoriser une vie étudiante à petite échelle et encourager la participation à la communauté.
L’établissement a accueilli une première cohorte après sa relance en septembre 2025. En janvier 2026, il comptait une trentaine d’étudiantes et d’étudiants, principalement inscrits dans les domaines des sciences, du commerce et de la santé.
Le recteur voit aussi dans l’arrivée d’étudiantes provenant d’autres régions ou d’autres pays un signe de la diversification de cette communauté universitaire.
Alexa Sexton, venue d’Ottawa, représente notamment un mouvement inverse à celui qui voit traditionnellement des jeunes du Nord partir vers les grands centres pour leurs études.
Avec des informations de Donald Dennie