le Mercredi 3 juin 2026
le Samedi 26 octobre 2024 9:00 Société

Un après-midi enchanté de contes à la Grotte Notre-Dame-de-Lourdes

Le père Garneau, de son vrai nom Claude Garneau — Photo: Elsie Mclisse
Le père Garneau, de son vrai nom Claude Garneau
Photo: Elsie Mclisse

Plusieurs personnes ont participé, le samedi 19 octobre, en après-midi, à la randonnée contée à la Grotte Notre-Dame-de-Lourdes, située sur la rue Van Horne, à Sudbury. Les participants ont eu le plaisir d’écouter les conteurs Stéphane Guertin, Amadou Ba, Sylvi Belleau, Wandara Topzo, Claude Garneau et Pascal Guéran.

Un après-midi enchanté de contes à la Grotte Notre-Dame-de-Lourdes
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La balade a débuté par une dégustation de mini-quiches au fromage et brocoli, de pets de sœur, de scones aux bleuets, ainsi que de divers biscuits de la boulangerie La baguette magique, le tout accompagné de café. Patrick Breton, directeur général du Centre franco-ontarien de folklore, a rappelé la mission du CFOF : la transmission du patrimoine. Ceci, avant d’expliquer le déroulement de l’activité. Chaque conteur avait 10 à 12 minutes pour raconter son histoire, tout en se déplaçant d’un endroit à un autre dans ce décor automnal. «Pour la première fois, il faisait beau et chaud, il n’y avait pas de défis», a déclaré Patrick Breton, lors de cette sixième randonnée contée dans le cadre du huitième festival Les vieux m’ont raconté, ayant pour thème : les défis.

Stéphane Guertin : L’histoire d’Alexis le Trotteur

Stéphane Guertin, diplômé de l’Université d’Ottawa en théâtre, membre du groupe Improtéine, médaillé d’or au concours de Contes et conteurs des VIIe Jeux de la Francophonie en France et récipiendaire du prix du Billochet du jongleur en 2013, a ouvert la randonnée contée avec son histoire d’Alexis le Trotteur, un homme animé par une passion : la course.

Il a commencé son conte interactif en invitant le public à imiter le bruit du train, «tchou-tchou», tout en levant son bras perpendiculairement pour signaler le départ du train qui passait dans la vallée de Clermont. Au fur et à mesure qu’il racontait les courses gagnées, il frappait ses genoux et battait des pieds, créant ainsi le rythme et la cadence de son récit. Alors que l’homme courait à toute vitesse, le conte était entrecoupé de chansons rythmées par des rimes telles que : vitesse, prouesse, plaisir, s’enfuir.

Il évoquait la légende d’Alexis, parcourant 146 km le long du fleuve St-Laurent, de la Malbaie à Québec, à l’époque des bûcherons. Les aventures d’Alexis, qui acquiesçait à tout par des «ouiiii» étirés et enthousiastes, l’ont mené à de nombreuses tâches, jusqu’à travailler à délivrer les lettres et le courrier, rappelant l’époque du premier télégramme. Il racontait sa dernière course, une légende où l’homme le plus rapide de la ville de Clermont, est maintenant enterré. Stéphane invita le public à mettre la main sur le cœur et à fermer les yeux, leur rappelant que, même sans os ni muscles, il ne fallait jamais cesser de croire. Les détails dans son histoire semblaient évoquer le triste sort d’Édouard Beaupré, le gentil géant, dont le corps a été exposé à l’Université de Montréal, après avoir été rapatrié en Saskatchewan en 1881.

Amadou Ba : Les contes de la savane

L’écrivain Amadou Ba, résident de Sturgeon Falls, est né et a grandi au Sénégal, l’Afrique de l’Ouest. Il raconte les histoires du continent africain. De son recueil de contes collectés, Les vieux d’Afrique m’ont conté, il a narré les histoires suivantes :  La poignée de poussière, Le lion, l’hyène et le chien, ainsi que Le contrat social qui évoque la paix, et l’harmonie dans la pratique de l’autonomie, de la sérénité et de la sécurité.

Bercé par les récits de sa grand-mère autour du feu, à une époque où il n’y avait ni télévision ni jeux vidéo, Amadou aime parler des animaux de la savane, tels que le lion, l’hyène et le lièvre.

Sylvi Belleau : Conter en gestes et en images

Conteuse, auteure et comédienne, Sylvi Belleau est également la directrice du festival Festilou, qui fêtera bientôt ses 15 ans d’existence en promouvant l’art du conte pour la jeunesse. En 2025, sa compagnie Théâtre de la Source célébrera ses 40 ans. Elle est à l’origine du projet de balados Petites sagesses, destiné aux enfants de 4 à 8 ans, qui propose des rencontres avec divers conteurs du Québec et de l’Ontario.  

Dans une « société de l’image », elle souligne l’importance de revenir à l’écoute et à la parole, qui sont essentielles à la communication et aux relations. Sa première initiation au conte s’est faite grâce au livre Vassilissa et contes russes, reçu en cadeau. Elle y découvre des femmes fortes, qui n’ont pas besoin de retrouver leur soulier, d’être embrassées, ou d’être mangées pour devenir des princesses. Elle s’intéresse également aux contes et légendes du Japon, de la Chine, de l’Égypte et de l’Inde.

Lors de la balade contée, Sylvi emmène son public dans un voyage au Japon, dans le royaume de Nabeshima, avec son conte Le chat-vampire, mettant en scène un prince et une princesse. Elle affirme que «conter, ce n’est pas lire». Pour que l’enfant soit en mesure d’accueillir le conte, elle utilise des rituels comme le «tchut, tchut, tchut, tchut, tchut» rythmé, pour commencer dans le calme, préparant ainsi les enfants à accueillir l’histoire.

L’utilisation du mouvement permet de ralentir le rythme, de capter l’attention et même de créer l’action. Il n’est pas nécessaire de dire ou de décrire, car les neurones miroirs permettent à l’auditoire de ressentir.  La gestuelle est une seconde nature pour elle, lui permettant de marquer des pauses, de jouer avec le regard de l’auditoire et d’élargir l’espace narratif. Sa formation en kathakali, théâtre dansé indien, l’accompagne au quotidien dans son travail. Elle termine toujours avec un rituel en récitant : «Histoire dans ton cœur, dans ton oreille, dans ta mémoire, à vous de la partager pour que l’histoire continue à voyager.»

Wandara Topzo : un message de sagesse et d’espoir

Eric Sarah, connu sous le nom d’artiste Wandara Topzo, a été initié au conte à l’âge de 14 ans, grâce à une anecdote racontée lors d’une conférence en Afrique centrale. Il a commencé à partager cette histoire d’animaux réunis pour instaurer la paix dans la jungle, évoquant que les bêtes féroces doivent arrêter le massacre d’animaux faibles et vulnérables, un appel à la conscience où tout se joue.

Arrivé au Canada en 2001 pour participer au 4e jeu de la Francophonie d’Ottawa-Gatineau, il se classe 3e dans le domaine des contes. En plus d’être conteur, il est également musicien percussionniste, auteur et comédien. Wandara Topzo apprécie l’interaction avec son auditoire. Avant de commencer, il établit un contrat avec l’auditoire. Lorsqu’il dit avec intonation «des contes», il invite le public à répondre par «et des mystères», puis enchaîne avec «ya, ya», ce à quoi l’auditoire répond par «ya», instaurant un échange dynamique. Tout au long de ses trois récits, il encourage le public à répéter ce geste pour développer l’écoute active.  

Le premier conte traite de l’absurdité, de l’importance de l’écoute active. Son deuxième conte, sur le thème de la confiance brisée, rappelle la fable de l’enfant qui criait au loup, tandis que le troisième aborde l’indécision. Il explique que l’expérience est la somme de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas, ce qui équivaut à la connaissance et à la vie. Il encourage chacun à arrêter de se comparer et à trouver qui il est, affirmant qu’il n’est pas nécessaire d’être parfait. Il s’agit d’exprimer ce que l’on est, d’être soi-même et de découvrir son unicité : «Un artiste ne devient pas artiste, il est artiste. Ainsi, selon lui, «la sagesse nous fait courber le dos».

Claude Garneau : Un voyage au cœur de de l’histoire canadienne-française

Le père Garneau, de son vrai nom Claude, est un passionné d’histoire, de politique et de géographie. Avec son bâton magique, il puise dans son répertoire des contes à la fois drôles et sérieux, abordant des thèmes traditionnels et moraux liés à la culture canadienne-française.

Il situe son récit au début du 20e siècle, à Casselman et à Montréal dans les « factries » (usines), pendant la Première Guerre mondiale. Il évoque des trajets, des faits historiques, des personnages : le 22e bataillon de Valcartier, le roi de l’Angleterre, George V,  la situation des Canadiens-français, souvent traités comme des citoyens de deuxième et troisième classe, notamment à cause des efforts du gouvernement pour abolir le français avec le Règlement XVII.

Il mentionne également les demandes de dirigeants d’entreprises de plusieurs villes minières, telles Rouyn Noranda, qui encourageaient le changement de noms pour accéder à des postes plus élevés. Par exemple, Galarneau devenait Gardner, Leblanc devenait White, Boisvert devenait Greenwood, et Turcotte devenait Turcot. Des cas similaires se retrouvaient avec les familles Lécuyer, qui se sont transformaient en Spooner, et Boileau, devenu Drinkwater à Sudbury.

Pour beaucoup, la nourriture sur la table était plus importante que le sentiment de fierté, illustrant ainsi que « ventre vide » était plus puissant que toute autre considération. Ce conte rappelle le devoir de mémoire lié au sacrifice humain qui a garanti un mode de vie et la liberté dont nous jouissons aujourd’hui.

Pascal Guéran : Rencontre avec la Mort

Le maître de l’art du conte, Pascal Guéran, né d’un père belge et d’une mère japonaise, nous plonge immédiatement dans son récit grâce à un instrument à percussion qui évoque la forme d’une carapace de tortue. Il aborde le thème du défi du personnage principal, qui trouve difficile de se lever chaque matin, de sortir de son lit et de répéter ce même rituel jour après jour.

Adaptée de l’écrivain et conteur, Henri Gougaud, l’histoire met en scène une rencontre avec la Mort, qui consulte son «livre du temps». Cette figure représente à la fois une force inéluctable et une sagesse profonde. Le conte explore des thèmes majeurs comme la vie, la mort et la compréhension de soi, l’importance de vivre pleinement.

Face à la mort, il découvre des vérités profondes sur la vie et le passage du temps.  Les oiseaux, en sifflant, l’accompagnent dans son dernier voyage, illustrant l’idée que la vie et la mort sont intimement liées et qu’il est possible de trouver de la beauté même dans l’épreuve.

Avec les sonorités du «handpan», Pascal Guéran emmène les spectateurs dans un univers où chaque note résonne avec les émotions humaines, rendant l’expérience encore plus poignante.

Le conte demeure un puissant vecteur d’émotions et de réflexions sur notre existence.