le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 12 février 2025 11:00 Éditorial

Éditorial: Faire le premier pas

  Photo: Shutterstock
Photo: Shutterstock

Éditorial

Éditorial: Faire le premier pas
00:00 00:00

Je peux profiter du Mois de l’histoire des Noirs pour m’enquérir sur Martin Luther King ou des sujets comme la traite des noirs, l’apartheid ou je peux tout simplement m’intéresser aux récits de vie des Noirs de mon milieu. C’est d’ailleurs ce qui m’a porté à rencontrer Amos Bohoussou, comme dans l’article publié dans Le Voyageur du 5 février.

Son arrivée me rappelle la mienne dans la région du Témiskaming Shores, il y a 51 ans, alors que j’avais 23 ans. J’avais quitté la ville d’Ottawa pour enseigner dans une région assez isolée. Est-ce que j’allais trouver ma place dans mon nouveau milieu? Est-ce que j’allais m’y intégrer? Je me rappelle de moments avec l’amer sentiment de se sentir seul au monde alors que tout le monde vaquait à son quotidien.  Pourtant j’avais un appartement et un emploi, mais j’étais l’étranger!

La personne Noire qui arrive dans nos milieux avec sa famille vient de loin. Elle a choisi de vivre un déracinement, de vivre le deuil des rêves du pays natal. Partir ou ne pas partir, la décision a été longuement mûrie, après bien des tergiversations, sans compter les remises en question. C’est déchirant! Je n’ai pas oublié. Et c’est encore pire pour celui qui fuit la violence ou la peur. 

Si j’ai réussi à m’intégrer, c’est que des gens se sont occupés de moi. Pour les immigrants, ça me semble la même chose. En plus du logement et de l’emploi, ils vont rester dans notre milieu s’ils font partie de nos vies. Peut-être commencer par un café?

L’intégration des Noirs chez nous est un test pour nos communautés. Une communauté en santé cultive des attitudes qui favorisent l’inclusion. Lorsque la province de l’Ontario a ouvert l’éducation secondaire aux francophones, cela a libéré beaucoup d’énergie et de dynamisme. Le même phénomène social s’est produit avec les mouvements de libération des femmes. Il me semble qu’on s’en porte tous mieux et qu’on est tous gagnants. 

C’est cette belle promesse d’avenir que nous apporte l’arrivée de l’immigration afrodescendante ou haïtienne. Nous serons les premiers à en profiter. On le voit déjà dans les institutions de santé, avec le clergé et dans l’enseignement à tous les niveaux. «Et au rythme que l’assimilation à l’anglais gagne du terrain, ce sont les immigrants francophones qui vont vivifier notre langue», me disait une amie.

Ces immigrants acceptent de se lancer dans un nouveau milieu avec d’étranges codes sociaux. Ils  seront à tout jamais minoritaires et probablement victimes de racisme. Malgré tout ça, ils arrivent riches de leur histoire de vie : ils ont relevé tant et tant de défis. Au fond, la vraie diversité, c’est dans l’expérience de vie! Je veux les rencontrer! Bâtir des relations durables.

Allons, moi, qui ai beaucoup reçu, c’est à moi de faire les premiers pas, de prendre l’initiative de provoquer une rencontre et pour le reste : qui sait?