le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 8 octobre 2025 11:00 Éditorial

Reconnaître le génocide

Un mémorial pour les enfants du pensionnat de Kamloops a été érigé, en 2021, devant le centre communautaire N’swakamok au centre-ville de Sudbury. — Photo : Archives
Un mémorial pour les enfants du pensionnat de Kamloops a été érigé, en 2021, devant le centre communautaire N’swakamok au centre-ville de Sudbury.
Photo : Archives

Éditorial

Reconnaître le génocide
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Le rapport final de la Commission sur la vérité et la réconciliation publié en décembre 2015 a déjà 10 ans. Ce rapport, qui avait émis 94 «appels à l’action», avait qualifié de génocide culturel le sort réservé aux jeunes Autochtones arrachés à leurs familles pour les placer dans des pensionnats. Si on ajoute la rafle des années soixante, en vertu de laquelle d’autres jeunes avaient été enlevés pour les faire adopter par des familles de classe moyenne aux États-Unis et au Canada, la Commission avait bien raison de définir ce geste d’enlèvement de génocide culturel. Car le terme génocide signifie la destruction méthodique d’un groupe humain. Et l’objectif des pensionnats consistait justement dans la destruction méthodique de la culture chez des groupes humains qu’étaient ceux des jeunes Autochtones. Il s’agissait clairement de la destruction méthodique par le biais de l’assimilation à la culture des colonisateurs, une politique énoncée dès 1844 par la publication du rapport Bagot.

Cette politique d’assimilation visait précisément à remplacer les langues autochtones qu’avaient apprises les jeunes par le français ou l’anglais. Elle visait aussi les cérémonies autochtones auxquelles les jeunes commençaient à participer. Dans les pensionnats, les jeunes ont été soumis à des abus physiques, sexuels et émotionnels qui ont mené, dans certains cas, si on y ajoute des privations de tout genre, jusqu’au décès. Dans son rapport, la Commission a placé le génocide culturel aux côtés des génocides physiques (l’extermination de masse par exemple par le meurtre et diverses privations) et biologiques (liés à la reproduction du groupe). La Commission explique que les États qui s’engagent dans ce génocide culturel visent à détruire les institutions politiques et sociales du groupe visé ce que le Canada a tenté grâce aux nombreuses mesures contenues dans la Loi sur les Indiens de 1876.

Bien qu’il soit peut-être difficile pour les colonisateurs blancs de reconnaître cette vérité, il faut bien l’accepter car les pensionnats et la rafle des années soixante sont effectivement un génocide. De plus l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones assassinées et disparues, qui a remis son rapport final en 2019, est allée plus loin en parlant de génocide tout court sans y ajouter le qualificatif «culturel».

Depuis la publication du rapport de la Commission sur la vérité et la réconciliation, les gouvernements provinciaux et fédéral, ainsi que le public en général, ont bien pris des mesures pour promouvoir la réconciliation, en célébrant par exemple la journée nationale de la vérité et de la réconciliation le 30 septembre de chaque année et en reconnaissant des territoires autochtones lors de cérémonies. Toutefois, il est plus rare que l’on parle et, mieux encore, que l’on reconnaisse la vérité de ce génocide culturel. Aussi longtemps que tel sera le cas, aussi longtemps que le Canada ne mettra pas en place des gestes concrets et des politiques pour répondre à l’ensemble des «appels à l’action» énumérés par la Commission et aussi longtemps qu’on se refusera d’utiliser le mot génocide, la vérité ne sera pas reconnue et la pleine réconciliation ne pourra pas avoir lieu.