Il était urgent de mettre fin à l’effusion de sang et à la famine à Gaza. De libérer otages et prisonniers, de part et d’autre, aussi. C’est en cela que le plan Trump est à saluer. Car, il faut bien commencer quelque part.
Néanmoins, il faut se garder de crier victoire; la paix reste et demeurera fragile. D’abord, parce qu’il s’agit d’un plan forcé. Disons-le clairement, Trump a plus forcé la main que convaincu par la raison les deux parties.
Le gouvernement Netanyahu n’a pas les moyens de sa politique de va-t-en-guerre dans la région sans le soutien militaire et logistique des États-Unis. Le Hamas ne peut pas non plus mener indéfiniment une guerre à partir de tunnels sous-terrains, sans la bénédiction de pays arabes. Et à ceux-là, Trump a offert des garanties et une porte de sortie.
Mais au nom de quoi et de qui ? Sa seule personne. Lui, Donald Trump, ce «super-héros» capable de régler des conflits armés et ramener la paix dans le monde en un simple coup de fil, passé à partir de son Bureau ovale, sous les caméras des journalistes.
Or, jouer à «l’homme providentiel» et lier la paix au temps que durera son mandat présidentiel, c’est lui ôter son caractère durable.
C’est pour cela qu’un cadre institutionnel international, qui s’inscrirait dans le mandat et le rôle de l’Organisation des Nations Unies (ONU) est important pour la suite des choses.
Oui, Trump a instauré «la paix par la force», comme il le répétait pompeusement, lundi, devant la Knesset, le parlement israélien. Mais une force qui repose sur des équilibres du moment, c’est-à-dire des principes éphémères, ne peut pas se substituer durablement au droit international et à la justice.
Car, d’autres injustices pourront être commises au nom de la paix, à savoir de faire de Gaza une espèce de «projet exotique», une riviera ou une Côte d’Azur, sans les Palestiniens. Une espèce de Shanghai ou de Singapour où de richissimes amis des puissants du moment seront érigés en régents de la Cité.
Les efforts diplomatiques du Canada, aux côtés de l’Angleterre, de l’Australie et de la France, notamment en reconnaissant l’État palistinien, à la veille et pendant la grande messe annuelle de l’ONU, en septembre dernier, doivent continuer et s’imposer dans les processus à venir.
La collaboration entre la France et l’Arabie Saoudite, pour l’après-guerre, qui semble être mal vue par le gouvernement Netanyahu, peut effectivement faire éviter des situations où le peuple palestinien sera tenu loin des décisions qui le concernent lui d’abord.
La paix ne sera durable dans la région que si la parole est rendue au peuple palestinien, car il saura décider pour lui-même, lorsqu’il sera souverain dans son territoire. Quant au Hamas, il n’aura plus aucune raison d’exister, car, rappelons-le, ce n’est pas le peuple palestinien qui l’a choisi. On le lui a imposé pour que jamais la solution à deux États ne soit envisageable.