le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 29 octobre 2025 11:00 Éditorial

Carney et la langue française

Mark Carney. — Photo : Inès Lombardo
Mark Carney.
Photo : Inès Lombardo

Éditorial

Carney et la langue française
00:00 00:00

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, doit affronter les reproches – ou est-ce les accusations – du chef de l’Opposition officielle aux Communes, Pierre Poilievre, de ne pas utiliser suffisamment le français lors de ses discours ou de ses réponses aux questions des journalistes lors des conférences de presse. Le reproche de M. Poilievre a un bien-fondé car M. Carney n’utilise effectivement pas le français aussi souvent que l’anglais et aussi souvent qu’il le pourrait et le devrait car son français est fort acceptable.

Il est surtout de mise que tout chef de partis politiques – surtout au niveau fédéral – soit en mesure de parler la langue de Molière, puisqu’il s’agit de l’une des langues officielles du Canada, l’autre étant évidemment l’anglais. Les prétendants et les prétendantes à la chefferie du Nouveau parti démocratique fédéral ont bien reconnu ce fait en affirmant vouloir améliorer leur utilisation de cette langue en vue du débat en français qui aura lieu à la fin novembre.

Que M. Carney n’utilise pas le français aussi souvent qu’il le devrait est quelque peu incompréhensible, car il a démontré, lors de la course à la direction du parti libéral au début de l’année, une compétence certaine en la matière. En utilisant maintenant l’anglais plus souvent que le français dans ses déclarations publiques, il risque à long terme de se mettre à dos les francophones du pays, et surtout ceux et celles du Québec, qui ont raison de s’attendre à ce qu’un premier ministre du Canada puisse s’adresser en public à eux et elles dans leur langue maternelle officielle.

Les Canadiens et les Canadiennes qui peuvent comprendre et utiliser le français et l’anglais sont en droit de pouvoir déterminer si M. Carney fait les mêmes déclarations dans une langue officielle que dans l’autre. Ils et elles peuvent aussi comprendre et accepter si parfois le premier ministre cherche ses mots en français pour exprimer ce qu’il vient de dire en anglais. Le principe – sinon le devoir – de base consiste à parler les deux langues officielles aussi souvent que possible surtout lorsqu’il s’adresse en public. Il n’est pas acceptable que les premiers ministres francophones – comme ils l’ont démontré au cours de l’histoire du pays – puissent s’exprimer dans ces deux langues officielles, alors que les premiers ministres anglophones ne le font pas.

Il est déjà assez décevant que la majorité – sinon tous- des premiers ministres provinciaux – de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve et Labrador (à l’exception de François Legault du Québec) – ne soit pas en mesure d’utiliser le français couramment lorsqu’ils répondent aux questions des journalistes ou qu’ils s’adressent au public canadien ou de leur province. Tout comme au niveau fédéral, les premiers ministres des provinces devraient être tenus de pouvoir dialoguer en public dans les deux langues officielles du pays. C’est le moindre qu’on puisse s’attendre de tout leader politique au pays, surtout au niveau fédéral, mais aussi au niveau provincial.