En mars dernier le gouvernement Ford créait un comité d’experts pour lui expliquer quoi faire pour assurer la prospérité des collèges et des universités de l’Ontario. Cette décision faisait suite à deux rapports assez durs de la vérificatrice générale; un sur le fiasco de l’Université Laurentienne et l’autre sur la situation précaire des petites institutions collégiales. Le mandat du comité visait surtout l’assainissement des finances des institutions.
Le comité a soumis son rapport il y a trois mois et le gouvernement l’a rendu public la semaine dernière. On y trouve du bon, du moins bon et, pour les Franco-Ontariens surtout, une totale incompréhension.
Commençons par la forme. Le rapport est bien structuré et assez bien traduit, même si on trouve quelques fautes, comme des «programmes à le niveau du baccalauréat». On voit bien aussi que le rapport a été conçu en anglais, puisque toutes les références citées se réfèrent à des documents gouvernementaux en anglais.
Et que dire du jargon! Bien sûr, ce rapport est destiné au gouvernement et aux universitaires, du monde qui parle en jargon, mais on aurait pu utiliser un langage clair pour le vrai monde. En fait, si quelqu’un peut nous expliquer ce que sont les «couloirs différentiels», nous apprécierions.
Maintenant, le contenu. D’abord, ce que nous savions tous : l’Ontario qui dépense 44 % de la moyenne nationale pour les collèges et 57 % pour les universités doit augmenter son financement. Les experts suggèrent une hausse de 10 % dès l’an prochain suivi d’augmentations dans les trois prochaines années.
Le moins bon c’est que les frais de scolarité devraient augmenter itou. De 5 % l’an prochain et d’un minimum de 2 % dans les années subséquentes. Pour compenser ce poids pour les étudiants issus de groupes défavorisés, le comité propose de modifier le Régime d’aide financière aux étudiants (RAFÉO).
Et les Franco-Ontariens dans tout cela?
Là où le groupe d’experts ne semble pas avoir trop d’idées brillantes, c’est au sujet de l’éducation universitaire en français. Il indique que les deux universités de langue française existantes, l’Université de Hearst et l’Université de l’Ontario français à Toronto, ne pourront survivre sans un remaniement. La première option suggérée voudrait que ces deux petites institutions soient fédérées à l’Université d’Ottawa. La deuxième, qu’elles forment des partenariats avec les collèges. La troisième consisterait à «mettre en place un réseau intégré ou un consortium entre tous les établissements d’enseignement postsecondaire francophone et bilingue… ». (Autres détails ici.)
C’est cette dernière option qui semble la moins néfaste pour les Franco-Ontariens, qui réclament depuis plusieurs décennies des institutions par et pour la communauté. Et c’est la seule option qui pourrait ouvrir la porte à l’Université de Sudbury — qui n’apparait nulle part dans le rapport d’ailleurs. Cette lacune est d’ailleurs significative, alors que les seuls deux grands bassins de francophones en Ontario sont Ottawa et Sudbury.
Dans une annexe au rapport, le seul francophone au sein du groupe d’experts, le Sudburois Maxim Jean-Louis, n’a pas soutenu la recommandation enjoignant le gouvernement à examiner ces trois options. Au moment d’écrire ces lignes, M. Jean-Louis n’avait pas répondu au Voyageur qui voulait mieux comprendre pourquoi il avait refusé d’appuyer cette partie du rapport.
Comme l’écrivait la politologue Stéphanie Chouinard dans un commentaire Facebook : «L’annexe en dit long sur la compréhension générale des rédacteurs du rapport sur les enjeux propres à la communauté franco-ontarienne».
Nous pourrions ajouter que la formation du groupe d’experts presque exclusivement anglophones par le gouvernement Ford en dit encore plus long sur comment ce gouvernement se fout de nous.